{"id":72,"date":"2020-08-27T11:02:44","date_gmt":"2020-08-27T09:02:44","guid":{"rendered":"https:\/\/doctotoscope.wordpress.com\/?p=72"},"modified":"2023-05-10T14:33:35","modified_gmt":"2023-05-10T12:33:35","slug":"fin-stage-pediatrie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/doctotoscope.fr\/index.php\/2020\/08\/27\/fin-stage-pediatrie\/","title":{"rendered":"Clap de fin."},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i473ybeztf.preview.infomaniak.website\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/img_0021.jpg?w=1024\" alt=\"\" class=\"wp-image-115\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Mon stage en p\u00e9diatrie s&rsquo;est termin\u00e9, ce qui marque le point final de mes quatre ans d&rsquo;externat (et huit longues ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9tudes depuis la toute premi\u00e8re, <em>quel enfer<\/em>). L&rsquo;occasion de revenir un peu sur les petit\u00b7es patient\u00b7es qui m&rsquo;ont marqu\u00e9e, m&rsquo;ont donn\u00e9 mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir et m&rsquo;ont amen\u00e9 \u00e0 me poser des questions sur la vie en g\u00e9n\u00e9ral et sur ma fa\u00e7on de concevoir la m\u00e9decine. Merci \u00e0 eux, merci \u00e0 ces patient\u00b7es sans qui je ne serais pas la m\u00eame aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Voici leurs histoires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap has-text-align-justify wp-block-paragraph\">C. est le premier \u00e0 m&rsquo;avoir marqu\u00e9e sur ce stage si particulier. C&rsquo;est un grand pr\u00e9matur\u00e9, et si aujourd&rsquo;hui il s&rsquo;en est bien sorti, sa maman ne vient jamais le voir l&rsquo;h\u00f4pital. Elle continue \u00e0 poser une distance, une barri\u00e8re entre elle et son fils, comme si elle craignait toujours pour sa (sur?)vie.<br>Ce petit bout adore les blouses blanches, il nous fait de grands sourires, nous propose ses jouets lors de chaque visite matinale. Et une girafe pour S., ma super externe ultra comp\u00e9tente, et un petit train pour K., la cheffe super bienveillante, et une peluche pour C., l&rsquo;infirmi\u00e8re exp\u00e9riment\u00e9e et dr\u00f4le \u00e0 en mourir. Parfois, je tape mes observations sur l&rsquo;ordinateur et je sais qu&rsquo;il est derri\u00e8re moi dans sa poussette qu&rsquo;une gentille pu\u00e9ricultrice aura mise discr\u00e8tement dans le bureau&#8230;<br>Il m&rsquo;a marqu\u00e9e, parce que je me souviens de son visage. Pourtant, des visages de patient\u00b7es, on en voit \u00e0 la pelle \u00e0 longueur de journ\u00e9es. Je me souviens de ses grands yeux bleus qui me suivaient, semblant me questionner : <em>\u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce que tu fais? Pourquoi tu ne viens pas jouer, dis?\u00a0\u00bb<\/em>. Mais je ne pouvais pas jouer, rapport au fait que je suis une adulte en blouse blanche et qu&rsquo;on doit soigner les enfants, pas jouer avec eux voyez-vous. Je l&rsquo;\u00e9coutais tousser, et j&rsquo;avais envie de le serrer tr\u00e8s fort dans mes bras en lui disant <em>\u00ab\u00a0\u00e7a va aller\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap has-text-align-justify wp-block-paragraph\">B. est un petit bonhomme extr\u00eamement sage, qui creuse des tranch\u00e9es le long de la rotonde avec ses tongs color\u00e9es. Il a eu chaud B., \u00e7a aurait pu tr\u00e8s mal tourner. Mais il s&rsquo;est accroch\u00e9, il a lutt\u00e9 de toutes ses forces et il a eu raison. On l&rsquo;a aid\u00e9, bien s\u00fbr, mais c&rsquo;est lui qui a fait le plus gros du travail. Il a une force et une volont\u00e9 absolument prodigieuses pour un enfant si jeune. On voyait dans son pas conqu\u00e9rant, une mani\u00e8re de s&rsquo;affirmer et d&rsquo;affirmer au monde qu&rsquo;il \u00e9tait toujours vivant. Il venait nous dire bonjour en salle de repos, parce qu&rsquo;il avait bien compris que c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 que se trouvait le chariot \u00e0 g\u00e2teaux&#8230; <br>Ca a \u00e9t\u00e9 compliqu\u00e9 avec sa famille. On a mis des jours et des jours \u00e0 le stabiliser, d&rsquo;ailleurs une nuit j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e toutes les heures. Il me faisait mal au coeur, seul et sage dans son petit lit \u00e0 barreaux. Puis \u00e7a s&rsquo;est am\u00e9lior\u00e9, ses proches se sont impliqu\u00e9\u00b7es, l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique a pu se faire &#8211; quoique toujours difficilement, un peu cahin-caha, entre m\u00e9fiance, d\u00e9fiance et jugement c\u00f4t\u00e9 soignant\u00b7es comme soign\u00e9\u00b7es. <br>J&rsquo;esp\u00e8re pour lui que \u00e7a ira, qu&rsquo;il continuera \u00e0 se battre et \u00e0 porter fi\u00e8rement des tongs bariol\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap has-text-align-justify wp-block-paragraph\">A. et ses grands yeux de biche, effray\u00e9e au moindre geste trop brusque, au moindre son trop excessif. A., pour qui j&rsquo;ai temporis\u00e9 avec mon chef lourdingue, que j&rsquo;ai examin\u00e9e le plus doucement possible, avec la plus grand l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. <br>Craintive, elle ne r\u00e9pondait presque pas \u00e0 nos questions, se contentant de nous fixer avec de grands yeux \u00e9carquill\u00e9s. On y voyait le monde, dans ses yeux, le monde d&rsquo;apr\u00e8s : celui de tous les possibles, absolument merveilleux et fantastique mais assombri d&rsquo;une lourde couche d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9. Peur de tout et de rien \u00e0 la fois, peur de ce qui a \u00e9t\u00e9 et de ce qui sera. <br>Elle regardait toujours par la fen\u00eatre, semblait chercher les r\u00e9ponses \u00e0 ses inqui\u00e9tudes dans la forme des nuages. A la fois m\u00e9lancolique et \u00e9blouissante, A. m&rsquo;aura laiss\u00e9 un souvenir imp\u00e9rissable fait de silence et d&rsquo;introspection.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap has-text-align-justify wp-block-paragraph\">N., absolument ing\u00e9rable. Qui nous a tous mis dans l&rsquo;\u00e9chec th\u00e9rapeutique \u00e0 chaque fois qu&rsquo;il venait chez nous, qui nous a amen\u00e9s \u00e0 nous poser des questions sur la pertinence de ce service, qui a remis en cause certains principes de prise en charge. <br>Difficile \u00e0 ma\u00eetriser, inaccessible au raisonnement, impossible \u00e0 apaiser. Un naufrage m\u00e9dical auquel j&rsquo;ai pu assister, impuissante. Que faire pour aider ces patient\u00b7es turbulents? Personne n&rsquo;a de r\u00e9ponse claire ni de protocole pr\u00e9-imprim\u00e9, car c&rsquo;est aux soignant\u00b7es de s&rsquo;adapter \u00e0 chaque situation. Et cette fois-ci, nous avons collectivement \u00e9chou\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap has-text-align-justify wp-block-paragraph\">P., son sourire lumineux et ses cheveux color\u00e9s, qui a amen\u00e9 une \u00e9tincelle de bonheur au sein de notre service. Elle m&rsquo;a tant rappel\u00e9 ma propre histoire, P., que parfois je devais d\u00e9tourner les yeux, submerg\u00e9e par les \u00e9motions.<br>Avec sa joie de vivre, elle a redonn\u00e9 de l&rsquo;\u00e9clat \u00e0 la mienne. Elle m&rsquo;a redonn\u00e9 espoir, elle m&rsquo;a fait croire \u00e0 un monde meilleur parce qu&rsquo;elle-m\u00eame y croyait dur comme fer malgr\u00e9 tout ce qui avait pu lui arriver. <br>Elle est ressortie rayonnante, apais\u00e9e, profond\u00e9ment soulag\u00e9e d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 entendue. Parce qu&rsquo;au final, c&rsquo;est tout ce qu&rsquo;elle demandait P. : \u00eatre entendue. Que quelqu&rsquo;un, n&rsquo;importe qui, se pose \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle et l&rsquo;\u00e9coute enfin, sans jugement ni r\u00e9actions paternalistes absurdes et hors-sujet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap has-text-align-justify wp-block-paragraph\">O., qui acceptait les prises en charge pour ensuite prendre la fuite. Une situation pleine de d\u00e9sespoir, de laideur et de cruaut\u00e9. Elle promettait pourtant, mais \u00e7a ne tenait jamais bien longtemps. Elle veut s&rsquo;en sortir, mais n&rsquo;a toujours pas trouv\u00e9 la force au fond d&rsquo;elle-m\u00eame pour faire face \u00e0 ses d\u00e9mons int\u00e9rieurs.<br>Tant qu&rsquo;elle n&rsquo;y arrivera pas, nous serons l\u00e0 pour l&rsquo;accueillir autant de fois qu&rsquo;il le faudra, patiemment. Car c&rsquo;est aussi notre r\u00f4le, accompagner pour mieux soigner. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap has-text-align-justify wp-block-paragraph\">L., qui nous aura rendu visite plusieurs fois, pli\u00e9 en deux de douleur. Il \u00e9tait fier de sa peluche ramen\u00e9e du Japon, et il avait raison &#8211; je lui aurais bien emprunt\u00e9e pour aller faire la sieste parce qu&rsquo;elle avait l&rsquo;air toute douce. <br>Ses parents avaient l&rsquo;air de l&rsquo;aimer tr\u00e8s fort, \u00e7a m&rsquo;a r\u00e9confort\u00e9e et m&rsquo;a redonn\u00e9 foi en l&rsquo;humanit\u00e9. Parce que quand des parents regardent leur enfant avec tout l&rsquo;amour du monde, on ne peut que croire aux miracles de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Ce stage aura finalement r\u00e9ussi l\u00e0 o\u00f9 quatre ans d&rsquo;externat ont \u00e9chou\u00e9 : me r\u00e9concilier avec la m\u00e9decine. Il aura \u00e9t\u00e9 vraie une bouff\u00e9e d&rsquo;oxyg\u00e8ne au moment le plus d\u00e9cisif, et m&rsquo;a redonn\u00e9 une confiance en moi indispensable \u00e0 mon \u00e9panouissement (<em>je suis utile donc je suis<\/em>). Triste de partir, mais immens\u00e9ment heureuse d&rsquo;avoir pu apprendre autant et d&rsquo;avoir assist\u00e9 \u00e0 tant de choses merveilleuses !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-center is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0<em>Un enfant n&rsquo;est pas un adulte en miniature.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<cite>Coll\u00e8ge National des P\u00e9diatres Universitaires<\/cite><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mon stage en p\u00e9diatrie s&rsquo;est termin\u00e9, ce qui marque le point final de mes quatre ans d&rsquo;externat (et huit longues ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9tudes depuis la toute premi\u00e8re, quel enfer). L&rsquo;occasion de revenir un peu sur les petit\u00b7es patient\u00b7es qui m&rsquo;ont marqu\u00e9e, m&rsquo;ont donn\u00e9 mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir et m&rsquo;ont amen\u00e9 \u00e0 me poser des questions sur la vie en g\u00e9n\u00e9ral et sur ma fa\u00e7on de concevoir la m\u00e9decine. Merci \u00e0 eux, merci \u00e0 ces patient\u00b7es sans qui je ne serais pas la m\u00eame aujourd&rsquo;hui. Voici leurs histoires. C. est le premier \u00e0 m&rsquo;avoir marqu\u00e9e sur ce stage si particulier. C&rsquo;est un grand pr\u00e9matur\u00e9, et si aujourd&rsquo;hui il s&rsquo;en est bien sorti, sa maman ne vient jamais le voir l&rsquo;h\u00f4pital. Elle continue \u00e0 poser une distance, une barri\u00e8re entre elle et son fils, comme si elle craignait toujours pour sa (sur?)vie.Ce petit bout adore les blouses blanches, il nous fait de grands sourires, nous propose ses jouets lors de chaque visite matinale. Et une girafe pour S., ma super externe ultra comp\u00e9tente, et un petit train pour K., la cheffe super bienveillante, et une peluche pour C., l&rsquo;infirmi\u00e8re exp\u00e9riment\u00e9e et dr\u00f4le \u00e0 en mourir. Parfois, je tape mes observations sur l&rsquo;ordinateur et je sais qu&rsquo;il est derri\u00e8re moi dans sa poussette qu&rsquo;une gentille pu\u00e9ricultrice aura mise discr\u00e8tement dans le bureau&#8230;Il m&rsquo;a marqu\u00e9e, parce que je me souviens de son visage. Pourtant, des visages de patient\u00b7es, on en voit \u00e0 la pelle \u00e0 longueur de journ\u00e9es. Je me souviens de ses grands yeux bleus qui me suivaient, semblant me questionner : \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce que tu fais? Pourquoi tu ne viens pas jouer, dis?\u00a0\u00bb. Mais je ne pouvais pas jouer, rapport au fait que je suis une adulte en blouse blanche et qu&rsquo;on doit soigner les enfants, pas jouer avec eux voyez-vous. Je l&rsquo;\u00e9coutais tousser, et j&rsquo;avais envie de le serrer tr\u00e8s fort dans mes bras en lui disant \u00ab\u00a0\u00e7a va aller\u00a0\u00bb. B. est un petit bonhomme extr\u00eamement sage, qui creuse des tranch\u00e9es le long de la rotonde avec ses tongs color\u00e9es. Il a eu chaud B., \u00e7a aurait pu tr\u00e8s mal tourner. Mais il s&rsquo;est accroch\u00e9, il a lutt\u00e9 de toutes ses forces et il a eu raison. On l&rsquo;a aid\u00e9, bien s\u00fbr, mais c&rsquo;est lui qui a fait le plus gros du travail. Il a une force et une volont\u00e9 absolument prodigieuses pour un enfant si jeune. On voyait dans son pas conqu\u00e9rant, une mani\u00e8re de s&rsquo;affirmer et d&rsquo;affirmer au monde qu&rsquo;il \u00e9tait toujours vivant. Il venait nous dire bonjour en salle de repos, parce qu&rsquo;il avait bien compris que c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 que se trouvait le chariot \u00e0 g\u00e2teaux&#8230; Ca a \u00e9t\u00e9 compliqu\u00e9 avec sa famille. On a mis des jours et des jours \u00e0 le stabiliser, d&rsquo;ailleurs une nuit j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e toutes les heures. Il me faisait mal au coeur, seul et sage dans son petit lit \u00e0 barreaux. Puis \u00e7a s&rsquo;est am\u00e9lior\u00e9, ses proches se sont impliqu\u00e9\u00b7es, l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique a pu se faire &#8211; quoique toujours difficilement, un peu cahin-caha, entre m\u00e9fiance, d\u00e9fiance et jugement c\u00f4t\u00e9 soignant\u00b7es comme soign\u00e9\u00b7es. J&rsquo;esp\u00e8re pour lui que \u00e7a ira, qu&rsquo;il continuera \u00e0 se battre et \u00e0 porter fi\u00e8rement des tongs bariol\u00e9es. A. et ses grands yeux de biche, effray\u00e9e au moindre geste trop brusque, au moindre son trop excessif. A., pour qui j&rsquo;ai temporis\u00e9 avec mon chef lourdingue, que j&rsquo;ai examin\u00e9e le plus doucement possible, avec la plus grand l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. Craintive, elle ne r\u00e9pondait presque pas \u00e0 nos questions, se contentant de nous fixer avec de grands yeux \u00e9carquill\u00e9s. On y voyait le monde, dans ses yeux, le monde d&rsquo;apr\u00e8s : celui de tous les possibles, absolument merveilleux et fantastique mais assombri d&rsquo;une lourde couche d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9. Peur de tout et de rien \u00e0 la fois, peur de ce qui a \u00e9t\u00e9 et de ce qui sera. Elle regardait toujours par la fen\u00eatre, semblait chercher les r\u00e9ponses \u00e0 ses inqui\u00e9tudes dans la forme des nuages. A la fois m\u00e9lancolique et \u00e9blouissante, A. m&rsquo;aura laiss\u00e9 un souvenir imp\u00e9rissable fait de silence et d&rsquo;introspection. N., absolument ing\u00e9rable. Qui nous a tous mis dans l&rsquo;\u00e9chec th\u00e9rapeutique \u00e0 chaque fois qu&rsquo;il venait chez nous, qui nous a amen\u00e9s \u00e0 nous poser des questions sur la pertinence de ce service, qui a remis en cause certains principes de prise en charge. Difficile \u00e0 ma\u00eetriser, inaccessible au raisonnement, impossible \u00e0 apaiser. Un naufrage m\u00e9dical auquel j&rsquo;ai pu assister, impuissante. Que faire pour aider ces patient\u00b7es turbulents? Personne n&rsquo;a de r\u00e9ponse claire ni de protocole pr\u00e9-imprim\u00e9, car c&rsquo;est aux soignant\u00b7es de s&rsquo;adapter \u00e0 chaque situation. Et cette fois-ci, nous avons collectivement \u00e9chou\u00e9. P., son sourire lumineux et ses cheveux color\u00e9s, qui a amen\u00e9 une \u00e9tincelle de bonheur au sein de notre service. Elle m&rsquo;a tant rappel\u00e9 ma propre histoire, P., que parfois je devais d\u00e9tourner les yeux, submerg\u00e9e par les \u00e9motions.Avec sa joie de vivre, elle a redonn\u00e9 de l&rsquo;\u00e9clat \u00e0 la mienne. Elle m&rsquo;a redonn\u00e9 espoir, elle m&rsquo;a fait croire \u00e0 un monde meilleur parce qu&rsquo;elle-m\u00eame y croyait dur comme fer malgr\u00e9 tout ce qui avait pu lui arriver. Elle est ressortie rayonnante, apais\u00e9e, profond\u00e9ment soulag\u00e9e d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 entendue. Parce qu&rsquo;au final, c&rsquo;est tout ce qu&rsquo;elle demandait P. : \u00eatre entendue. Que quelqu&rsquo;un, n&rsquo;importe qui, se pose \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle et l&rsquo;\u00e9coute enfin, sans jugement ni r\u00e9actions paternalistes absurdes et hors-sujet. O., qui acceptait les prises en charge pour ensuite prendre la fuite. Une situation pleine de d\u00e9sespoir, de laideur et de cruaut\u00e9. Elle promettait pourtant, mais \u00e7a ne tenait jamais bien longtemps. Elle veut s&rsquo;en sortir, mais n&rsquo;a toujours pas trouv\u00e9 la force au fond d&rsquo;elle-m\u00eame pour faire face \u00e0 ses d\u00e9mons int\u00e9rieurs.Tant qu&rsquo;elle n&rsquo;y arrivera pas, nous serons l\u00e0 pour l&rsquo;accueillir autant de fois qu&rsquo;il le faudra, patiemment. Car c&rsquo;est aussi notre r\u00f4le, accompagner pour mieux soigner. L., qui nous aura rendu visite plusieurs fois, pli\u00e9 en deux de douleur. Il \u00e9tait fier de sa peluche ramen\u00e9e du Japon, et il avait raison &#8211; je lui aurais bien emprunt\u00e9e pour aller faire la sieste parce qu&rsquo;elle avait l&rsquo;air toute douce. Ses parents avaient l&rsquo;air de l&rsquo;aimer tr\u00e8s fort, \u00e7a m&rsquo;a r\u00e9confort\u00e9e et m&rsquo;a redonn\u00e9 foi en l&rsquo;humanit\u00e9. Parce que quand des parents regardent leur enfant avec tout l&rsquo;amour du monde, on ne peut que croire aux miracles de la vie. Ce stage aura finalement r\u00e9ussi l\u00e0 o\u00f9 quatre ans d&rsquo;externat ont \u00e9chou\u00e9 : me r\u00e9concilier avec la m\u00e9decine. Il aura \u00e9t\u00e9 vraie une bouff\u00e9e d&rsquo;oxyg\u00e8ne au moment le plus d\u00e9cisif, et m&rsquo;a redonn\u00e9 une confiance en moi indispensable \u00e0 mon \u00e9panouissement (je suis utile donc je suis). 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